DANS LA PEAU D’… UN VETERINAIRE DE COURSES

Chaque jeudi, nous allons nous mettre dans la peau de l’un des protagonistes du championnat EpiqE Series. Stars, personnel de l’ombre, nous allons tenter de vivre leur quotidien pour comprendre les rouages de cet univers particulier. Deuxième épisode cette série, Stella, notre stagiaire attitrée, s’est mise dans la peau d’un vétérinaire de courses: bienvenue dans le métier de Jeanne Paumier

Elle a une blouse. Punaise, la blouse, j’ai complètement zappé. Évidemment que les vétérinaires portent une blouse, Stella, à quoi pensais-tu en t’habillant ce matin ? Pourquoi n’y as-tu pas pensé ? En même temps, pas sûr que je rentre encore dans ma blouse de physique chimie de l’époque du collège… Et puis, est-ce que ça aurait été bon, une blouse blanche ici ? Et alors que je me perds dans un questionnement sans fin, elle m’interromp : “Bonjour, je suis Jeanne Paumier, la vétérinaire du jour ici à Vincennes. C’est avec vous que j’ai rendez-vous ?” Effectivement, madame le vétérinaire. C’est moi qui vais vous suivre tout ce samedi après-midi, comme une ombre. 

Il est 13 heures quand elle m’emmène devant son bureau. Ici, pas de grande clinique comme à Grosbois, le centre d’entraînement des trotteurs dans le Val-de-Marne, mais une petite pièce, logée au fond d’une cour de box : “On sera mieux au soleil pour discuter ! Ah, et vous pouvez m’appeler Jeanne !” C’est donc avec Jeanne, la quarantaine rayonnante, que je découvre le métier de vétérinaire, sur le tas. Ici pas de chat ni de chien, mais que des chevaux. Plein de chevaux ! Et certains valent le prix de tout mon immeuble, mon immeuble PARISIEN ! “Ici nous avons trois missions principales” attaque t-elle tout de suite, de la passion plein la voix. “La première, c’est de vérifier que les chevaux soient les bons“… Ah, parce qu’il y a de la fraude ? “C’est rare mais ça peut arriver, même par erreur, parfois !” C’est vrai qu’en même temps, ils sont souvent de la même couleur ces chevaux… “Alors pour ça, on commence par regarder la couleur, puis le sexe, les marques blanches, les épis. Tout est répertorié dans le livret.” détaille t-elle en me montrant celui qu’elle a dans la main, une sorte de mixte entre un passeport, une carte d’identité et un carnet de santé. Le tout compilé dans un petit recueil de feuilles, plastifié, du format d’une demi-feuille A4.

Et puis, grâce à un appareil spécial, la personne en charge des vérifications s’assure de l’identité du cheval grâce à sa puce, un petit dispositif de la taille d’un grain de riz, placé sous la peau du cheval.” Je suis bluffée de l’ampleur des contrôles. “Et puis bien sûr, on vérifie que tous les vaccins soient à jour et que personne ne rentre avec une maladie infectieuse. Sinon, c’est comme un enfant avec des poux à la maternelle !” ironise t-elle. Je prends des notes.

Ok donc reconnaître le cheval, lui passer la machine magique sur l’encolure et vérifier ses vaccins. Jusque là je devrais y arriver. Pourvu que personne n’ait d’affreuse maladie contagieuse par contre…! Et après ? “Encore deux autres inspections !” Hein ? “Dans un deuxième temps, on inspecte tous les chevaux qui sont dans l’argent, c’est à dire tous ceux dont la performance rapporte des gains. Et enfin, l’inspection pour le doping.

Le doping, le mot me laisse perplexe. Un instant, je me demande s’il rapporterait des points au Scrabble. Mais pas le temps de compter qu’elle poursuit : “Là, ce n’est pas nous qui choisissons mais les commissaires qui nous donnent les chevaux qu’ils veulent voir. En général, avant le début de la réunion, ils nous disent  : “Tiens, dans la quatrième, tu me contrôleras le troisième et le dernier.” C’est hyper aléatoire. Personne ne sait jamais sur qui ça va tomber. Et puis, on contrôle les cinq premiers du Quinté, toujours. Enfin, il peut y avoir une demande spéciale pour un cheval qui fait une énorme performance ou au contraire, un favori qui ne fait rien. Aujourd’hui, il y a 8 courses, on va faire entre 16 à 20 contrôles je pense.

Chez nous, la lutte anti-dopage est une priorité.

Le contrôle anti-dopage, la “dame pipi” quoi ! Ça j’ai déjà vu faire. Un bâton en bois, un récipient au bout, quelques notes sifflotées et pan, du pipi tout chaud à analyser ! “Oui, et du sang aussi, on essaie toujours de prendre les deux. Ensuite, les échantillons sont anonymés, envoyés au labo qui refait encore une autre manipulation d’anonymage, et analysés. Un circuit complexe mais qui permet d’éviter les fraudes.” La fameuse fraude de l’urine, comme chez les cyclistes… Ça me parle.

Chez nous, la lutte anti-dopage est une priorité.” me rassure t-elle. “Vous prenez le budget de tous les autres sports mélangés, vous multipliez par 3 et ça fait le nôtre. Dix millions d’euros tous les ans.” Un montant vertigineux que je comprends mieux après ses explications : un cheval se dope exactement comme un coureur cycliste, avec des anabolisants, de l’E.P.O. et des transfusions sanguines. Entre autres. Hallucinant. “On peut même donner à un cheval des substances visant à le ralentir, pour en faire gagner un autre.” Je suis scotchée. “Donc c’est pour ça que l’on pratique autant de contrôles et de manière aussi aléatoire. Un cheval qui rentre sur un hippodrome en France n’est jamais à l’abri d’une prise de sang et d’urine. Mais en vérité, majorité des cas positifs sont des queues de traitement, ou des broutilles. Vous savez, la café, le chocolat, tout est dopant pour eux. Il suffit que quelqu’un urine dans un box, que le cheval touche cette paille souillée et il peut être positif.

 

 

Stella, on a une endoscopie, tu veux voir ?” me propose t-elle d’un coup ? “Évidemment !“. En plus de tous ces contrôles, je découvre que le vétérinaire de l’hippodrome a un rôle d’urgentiste. De pompier en quelque sorte. Ce jour là, c’est Petit Mignon* (*certains noms ont été modifiés pour respecter l’anonymat) qui a besoin de se faire “scoper” (je vais devenir un monstre au Scrabble après cette journée, moi !).

 

Favori de l’épreuve, il vient de mal courir, incapable d’accélérer dans la dernière ligne droite. Son entourage s’inquiète. “Ce n’est pas grave mais il a un peu de mucus dans les poumons.” analyse Jeanne, grâce à un autre appareil magique dont la caméra nous permet de voir en temps réels le fond des poumons de Petit Mignon.

 

Il ne saigne pas mais ça peut expliquer sa contre-performance.” Ce jour-là, Pauline*, sa lad, va donc rentrer avec une semi mauvaise nouvelle à l’écurie : Petit Mignon est malade, mais ce n’est pas grave. La suite ? “C’est au vétérinaire traitant de gérer la suite. Nous, on détecte, on fixe. Eux soignent. Chacun son métier !

 

C’est bien vrai, Jeanne ! Et je crois qu’il va me falloir encore quelques journées de stage avant de songer à vous chiper votre matériel… À moins que… Comment ça il y a des aiguilles ?